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Commémoration 1ère guerre mondiale

 

Reportage

Journal d'Eybens - novembre 2014.
Mise  jour : novembre 2014

La mémoire vive

Dans le cadre du centenaire de la première guerre mondiale, la médiathèque d'Eybens a lancé une collecte d'objets de cette époque pour accompagner l'exposition sur ce sujet visible du 4 au 15 novembre 2014.

De nombreux habitants ont spontanément répondu présent en prêtant des photos et des documents parfois très personnels, preuve s'il en est que la mémoire, même douloureuse, même lointaine, reste vive.

Rencontre avec deux Eybinois descendants de « Poilus » dont l'histoire familiale a été marquée par la « grande guerre ».


Témoignage de Michel Andrada

Voir l'image en grand Michel Andrada


« La guerre, mon grand-père en est revenu mais il n'en parlait pas »

 

Michel Andrada a mis à disposition de la médiathèque de nombreuses photos de la guerre ainsi que plusieurs documents et le livret de mobilisation de son grand-père, recouvert d'un tissu bleu « horizon » découpé dans une capote de soldat :



« Je ne sais pas grand chose de la guerre telle que l'a vécue mon grand père. Pendant longtemps je n'en ai même rien su. La chose la plus importante c'est qu'il en était revenu. Pour le reste, il n'en parlait pas. Il avait cette volonté d'oublier, de ne pas partager sa souffrance. Mon grand-père Michel Andrada est né en 1889 en Algérie, il était cultivateur à Oran avant la guerre. Il est venu se battre avec les contingents des Français d'Algérie, il a connu Verdun en 1915, 1916... Il était "pointeur" [artilleur qui pointe le canon - ndlr] dans une division d'artillerie, il servait des canons comme celui que l'on voit sur la photo prise à Verdun en 1915, où il est noté "canon de 155 court".

Son livret militaire est une mine de renseignements. À la page des visites médicales il est mentionné qu'il a souffert de brûlures au gaz en septembre 17, et qu'on lui a appliqué des pansements à la glycérine. Sur les pages qui détaillent ses adresses successives on peut le suivre à la trace, voir qu'il est passé par Marseille en 1912, Alger en 1913, 20, 22, Sidi-Bel-Abbès en 1929... Apparemment l'armée française ne l'a pas perdu de vue, au cas où il faudrait le remobiliser. Dans les dernières pages il y a même une longue citation manuscrite de son commandant de division, qui dit qu'il s'est "particulièrement distingué" en juillet et octobre 1916 en faisant preuve d'un "mépris absolu du danger", et qu'il n'a "pas hésité à pénétrer dans un abri qui venait de s'effondrer".


Et tous ces documents dormaient bien à l'abri dans une boîte chez ma tante, pas très loin d'Eybens, ce qui explique qu'ils soient aujourd'hui dans un excellent état de conservation. Ils sont restés cachés comme ça durant des dizaines d'années. Elle les avait gardés mais elle-même en parlait peu, c'était un sujet douloureux pour elle aussi. Puis elle est décédée et tout est remonté à la surface après sa mort, lorsque j'ai trié ses papiers et que je suis tombé sur cette boîte il y a deux ans. C'était émouvant, tout à coup je prenais conscience de ce qu'ils avaient traversé, des conditions épouvantables dans lesquelles ils avaient vécu ».

 

Marraine de guerre

Voir l'image en grand Michel Andrada vers 1914« Dans cette petite poche en tissu il reste les fragments en lambeaux d'une prière écrite pour mon grand-père par sa "marraine de guerre". Il devait la porter tout le temps près de son coeur, dans sa poche de poitrine, ça devait lui porter chance, lui éviter d'être tué. Apparemment ça a fonctionné puisqu'il est revenu. À son retour il a même épousé la marraine en question, qui est devenue ma grand-mère. Quand on dit que l'histoire se répète, c'est particulièrement le cas pour ma famille : trente ans plus tard mon père est venu à son tour d'Algérie pour se battre en Europe, il a fait la campagne d'Italie, la bataille de Monte Cassino, et lui aussi en a réchappé. Venu se reposer en Isère en 1945 avec son régiment, il a rencontré une Grenobloise, ils ont eu le coup de foudre, ils se sont mariés un an plus tard et je suis né en 1947.

Je ne suis pas très tourné vers le passé mais tout cela m'a remué quand même : j'ai voulu en savoir un peu plus, j'ai entrepris des recherches généalogiques. La dernière découverte que j'ai faite, c'est que le nom "Andrada" n'est peut-être pas le nom d'origine de ma famille. J'ai retrouvé des notes de mon grand-père parlant d'un jeune homme, peut être mon arrière grand-père, qui aurait quitté la France vers 1860, aurait fait naufrage au large de l'Espagne, aurait été adopté par une famille espagnole qui lui aurait donné le nom Andrada, avant qu'il n'atteigne finalement l'Algérie. Si ça se trouve mes racines se trouvent dans la région sous un autre nom que le mien... C'est troublant mais ça illustre combien notre identité est le produit d'un brassage et qu'on s'enrichit des différences ».

Témoignage de Léna Ledoux

« Mon grand-père a disparu au combat le dernier jour de la bataille »

Voir l'image en grand Mathilde & Alphonse Ledoux vers 1900Léna Ledoux, 80 ans passés et les idées très claires, a recueilli l'histoire familiale de la bouche de sa grand-mère, qui a elle-même vécu la première guerre mondiale. Elle n'a retrouvé que quelques rares photos d'époque de ses grands-parents :

« Sur cette photo, mon grand-père Alphonse Ledoux pose dans un beau costume juste avant la guerre, en avril 1914. Qu'est-ce qu'il était beau... Quel dommage ! Et sur cette photo il figure avec ma grand-mère Mathilde à l'occasion de leur mariage, vers 1900. C'était un mariage d'amour, voyez comme ils se tiennent par la main... Alphonse Ledoux était mineur dans le Nord, vers Marchiennes. Il est né en 1877 à Boulogne-sur-Mer. Mathilde avait un an de plus que lui. À l'âge de six ans elle a perdu son bras droit. Son père était artificier, il se servait d'explosifs pour creuser des boyaux dans les mines. Il stockait parfois du matériel chez lui et un jour ça a explosé. Sa mère est morte sur le coup. La petite Mathilde a perdu son bras. Elle a passé le reste de son enfance dans un orphelinat, sa vie n'a pas été facile après ça. Elle me racontait que dans le cercueil de sa mère, on avait aussi déposé son bras. Pour ça, notre famille a eu son lot d'épisodes macabres. Sa rencontre avec Alphonse, ce fut le coup de foudre. Quand il la regardait elle me disait qu'elle avait l'impression de retrouver son bras, de redevenir normale ».

 

Mort pour la France

 

Voir l'image en grandMon grand-père est mort en juin 1915 dans le Pas-de-Calais, le dernier jour de la bataille d'Artois. Ce n'est pas la bataille la plus célèbre de la guerre, mais moi c'est celle qui m'intéresse le plus. J'ai fait beaucoup de recherches : lors de la deuxième phase du 16 mai au 15 juin, celle qui me concerne, les Français ont enfoncé les lignes allemandes sur huit kilomètres de front et trois kilomètres de profondeur. Mais en définitive, pour une progression de quatre kilomètres, ils
ont perdu 143 000 hommes en deux mois. Sans compter les morts allemands. Et jusqu'en 1917, le front n'a quasiment plus bougé ! Autrement dit, ils sont morts pour rien. Une vraie hécatombe...

Le monument aux morts qui porte son nom est à Harlettes-Coulomby. Mais il est possible qu'il repose dans l'ossuaire du cimetière national de Souchez, près du lieu de sa disparition. Il y a là-bas beaucoup de restes de soldats, mais c'est invérifiable... Après la guerre sa veuve a reçu ce document, le « Diplôme des morts pour la patrie » : rien que ce titre, le choix des mots, ça me semble... absurde. Il y est dit qu'il est "mort pour la France". J'ai retrouvé une fiche du ministère de la Défense qui mentionne "disparu au combat à Angres le 16 juin 1915". C'est tout ce qu'on sait ».

 

Soucieuse de transmettre son histoire, elle consigne souvenirs, citations et réflexions dans un cahier qui ira à ses enfants et ses petits-enfants.

Voir l'image en grand Mathilde Ledoux & ses deux filles, Mathilde & Almereyda« Lorsque Mathilde a appris la mort d'Alphonse à l'été 1915, la famille était séparée. Dans l'Artois la ligne de front coupait le pays en deux : ses deux garçons âgés d'une dizaine d'années (dont mon père) se trouvaient chez leur grand-mère paternelle vers Boulogne, côté Français, tandis qu'elle et ses deux filles se trouvaient plus au nord vers Lille, côté Allemand. C'était la guerre : la population crevait de faim, subissait des exactions de toutes sortes de la part de l'occupant, notamment les jeunes filles. Sa fille aînée Mathilde avait dans les dix-sept ans à l'époque et ma grand-mère la cachait autant qu'elle pouvait.

Mais à la mort de son mari, elle a pris son courage à deux mains.
Elle s'est habillée en grand deuil, tout en noir avec un voile, pareil pour ses filles, même la petite Almereyda qui n'avait que quatre ans, et elle s'est présentée au commandement allemand. Elle a dû les impressionner parce que non seulement ils ne les ont pas maltraitées, mais le commandant les a reçues avec beaucoup d'égards. Peut-être qu'il a pensé à toutes les veuves allemandes... Toujours est-il qu'elles ont pu rejoindre un convoi de la Croix rouge internationale qui évacuait les victimes de la guerre vers la France. Il faut dire que ça permettait aussi de diminuer le nombre de bouches à nourrir et de s'approprier leurs biens. Bref. Elles sont montées dans le train, qui a longé les lignes de front jusqu'en Suisse en embarquant des réfugiés dans chaque gare, et elles ont atterri à Chambéry, où elles ont été accueillies en grande pompe : on leur offrait du chocolat, on leur demandait des informations sur ce qui se passait "chez l'ennemi"...

De là elles sont remontées jusqu'à Nanterre, en région parisienne, avant de retrouver les deux garçons. La famille était réunie, il ne manquait qu'Alphonse... ».

 

La mémoire et l'identité


« Voir l'image en grand Mathilde Ledoux, sa petite-fille Léna et son arrière petit-fils, dans les années 1960 Après la guerre les deux garçons, mon père Raymond et son frère Robert, sont allés dans une école militaire pour les pupilles de la nation à Tulle. Il étaient des orphelins de guerre, on les appelait "les enfants de troupe". Il y régnait une discipline militaire, la vie était dure, ils en sortaient à dix-huit ans avec une instruction solide, mais beaucoup étaient brisés par cette vie-là. Un peu comme ma grand-mère avant eux...

Aujourd'hui je trouve qu'on manque de mémoire. Les parents, les grands-parents ne racontent peut-être pas assez leur vie aux plus jeunes. Ils ne savent pas d'où ils viennent, quelle est leur histoire, ils manquent de repères pour définir leur identité ».

Autour de la commémoration

  • Exposition, du 4 au 15 novembre, médiathèque

Exposition de l'Office national des anciens combattants sur les événements de la 1ère guerre mondiale.
Entrée libre.

L'exposition sera aussi présentée à la salle des fêtes le 11 novembre. Vernissage mardi 4 novembre, 17h30.

 

> Rens. 04 76 62 67 47.

 

 

  • Commémoration du 11 novembre 1918

La cérémonie de commémoration de l'armistice de la première guerre mondiale sera célébrée le mardi 11 novembre à 11h place du 11 novembre 1918
Avec la participation des enfants de l'école du Bourg, accompagnés de membres de l'Harmonie d'Eybens et des Griots du Verderet. Un vin d'honneur sera offert à l'issue de la cérémonie à la salle des fêtes.

 

 

 

 

  • Conférence-débat,
    Vendredi 7 novembre à 18h30, à la Maison des associations.

Thèmes :
- Le combat pacifiste de J.P. Raffin-Dugens en Isère et au Palais Bourbon.
- Réhabilitation collective des fusillés pour l'exemple de 1914-1918.

Télécharger l'invitation



  • Les 15 octobre, 12 novembre, 10 décembre et 14 janvier à L’autre rive

Péguy-Jaurès - La guerre et la paix dans le cadre de la résidence de création à L’autre rive du 5 au 19 janvier 2015.

 
Dans le cadre de la venue en résidence de L’ATELIER [Cie théâtrale] pour la création de la pièce Péguy-Jaurès - la guerre et la paix,  le CLC propose plusieurs rendez-vous en amont des représentations afin de découvrir le contexte historique du spectacle en résidence au CLC en janvier prochain.

> Avec Julien Fabre, professeur d'histoire

Mercredis 15 octobre, 12 novembre, 10 décembre & 14 janvier 2015 au CLC | Université populaire "Histoire et théâtre".

Entrée libre. Rens. 04 76 24 22 32.

 

Vernissage de l'exposition

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L'exposition a été inaugurée à la médiathèque mardi 4 novembre en présence d'élus de la Ville et du représentant de l'Office national des anciens combattants.

Contacter la Mairie :
2, avenue de Bresson - 38320 Eybens
Tél. 04 76 60 76 00 - Contacts Mairie

Lundi, mardi, mercredi et vendredi de 8h30 à 12h15 et de 13h à 17h. Jeudi de 8h30 à 12h15 et de 13h à 19h.

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